Récit de données / Macroéconomie

Deux décennies de croissance et de dépendance au pétrole

De 2000 à 2025, la croissance gabonaise a suivi les cycles du pétrole. Les données du FMI, de la Banque mondiale et de l'Energy Institute montrent une économie qui a grandi lentement, dont le revenu par habitant reste lié au baril et dont les exportations commencent à peine à se diversifier.

Depuis le début des années 2000, l'économie gabonaise avance au rythme du pétrole. Les séries du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, rassemblées sur Gabon Eco, montrent une croissance modeste et irrégulière, un revenu par habitant qui fluctue avec le prix du baril et une production d'hydrocarbures qui a nettement reculé par rapport au milieu des années 1990. Ce récit parcourt ces données pour comprendre ce que deux décennies de croissance ont changé, et ce qu'elles n'ont pas changé.

Une croissance en trois temps

La croissance réelle du produit intérieur brut (PIB), mesurée par le FMI, dessine trois périodes distinctes. Entre 2000 et 2009, elle a été en moyenne proche de 0,5 % par an, avec plusieurs années de contraction (−3,6 % en 2006, −3,0 % en 2008). La période 2010 à 2014 marque une accélération nette : 7,4 % en 2010, 7,1 % en 2011, puis plus de 4 % chaque année jusqu'en 2014, soit une moyenne proche de 5,9 %. Depuis 2015, le rythme s'est de nouveau ralenti, à environ 2 % par an en moyenne jusqu'en 2024, avec un creux à −1,8 % en 2020, année de la pandémie de Covid-19 et de la chute des cours du pétrole.

Les dernières années montrent une reprise mesurée : 3,0 % en 2022, 2,5 % en 2023 et 3,4 % en 2024. Pour 2025 et 2026, les chiffres du FMI (2,5 % puis 2,7 %) sont des projections et non des résultats observés. La Banque mondiale, dans son Macro Poverty Outlook d'avril 2026, estime elle aussi la croissance de 2025 à 2,5 % et l'attribue en partie au vieillissement des champs pétroliers et aux difficultés des filières du bois et du manganèse.

Croissance du PIB réel

Variation annuelle en %, 2025 et 2026 : estimations du FMI

Unité : Pourcentage Zone : Gabon

Croissance du PIB réel (Gabon) passe de −1,9 % en 2000 à 2,7 % en 2026. Le maximum est atteint en 2010 (7,4 %).

Croissance du PIB réel
Période Croissance du PIB réel (%)
2000 −1,9
2001 2,1
2002 −0,2
2003 2,2
2004 0,7
2005 3,9
2006 −3,6
2007 6,5
2008 −3,0
2009 −1,2
2010 7,4
2011 7,1
2012 5,3
2013 5,5
2014 4,4
2015 3,9
2016 2,1
2017 0,5
2018 0,9
2019 3,8
2020 −1,8
2021 1,5
2022 3,0
2023 2,4
2024 3,4
2025 2,5 e
2026 2,7 e

p : provisoire ; e : estimation.

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Les valeurs provisoires ou estimées sont tracées en pointillés.

Les valeurs postérieures à 2024 sont des projections du FMI.

Un revenu par habitant qui suit le baril

Le PIB par habitant en dollars courants, publié par la Banque mondiale, est passé d'environ 3 980 dollars en 2000 à un sommet de 10 219 dollars en 2011, porté par des prix du pétrole élevés. Il est ensuite retombé à 6 677 dollars en 2016 et à 6 606 dollars en 2020, avant de remonter à 8 230 dollars en 2024 et 8 263 dollars en 2025. Ces mouvements reflètent autant les prix des matières premières et le taux de change du franc CFA face au dollar que l'activité réelle.

Mesuré à prix constants, le tableau est moins favorable. La population a doublé en un quart de siècle, passant de 1,28 million d'habitants en 2000 à près de 2,59 millions en 2025 selon la Banque mondiale. Avec une croissance démographique supérieure à 2 % par an sur toute la période, la croissance du PIB par habitant en volume a été négative pendant la plupart des années 2000. En enchaînant les taux annuels publiés par la Banque mondiale, le PIB réel par habitant de 2024 reste environ 13 % en dessous de celui de 2000.

PIB par habitant

Dollars américains courants

Unité : Dollars américains Zone : Gabon

PIB par habitant (Gabon) passe de 3 983 USD en 2000 à 8 263 USD en 2025. Le maximum est atteint en 2011 (10 219 USD).

PIB par habitant
Période PIB par habitant (USD)
2000 3 983
2001 3 836
2002 3 966
2003 4 711
2004 5 466
2005 6 548
2006 6 847
2007 8 004
2008 9 689
2009 7 291
2010 8 357
2011 10 219
2012 9 297
2013 9 198
2014 9 201
2015 7 047
2016 6 677
2017 6 922
2018 7 624
2019 7 441
2020 6 606
2021 8 181
2022 8 409
2023 7 803
2024 8 230
2025 8 263

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Croissance et revenu

Croissance du PIB réel

2,7 %

2026 (estimation)

Source : Fonds monétaire international

PIB par habitant

8 263 USD

2025

Source : Banque mondiale

Croissance du PIB réel par habitant

0,3 %

2025

Source : Banque mondiale

Population totale

2 593 130 Personnes

2025

Source : Banque mondiale

Des rentes pétrolières en recul, une dépendance toujours forte

La Banque mondiale mesure les rentes pétrolières comme la différence entre la valeur de la production de brut et son coût de production, rapportée au PIB. Au Gabon, elles atteignaient 43,7 % du PIB en 2000 et encore 38,3 % en 2012. Elles sont tombées sous 10 % en 2015 et 2016, après l'effondrement des cours, puis sont remontées à 15,6 % en 2021, dernière année disponible. L'ensemble des rentes de ressources naturelles (pétrole, gaz, forêt, minerais) est passé de 47,8 % du PIB en 2000 à 18,5 % en 2021.

Cette baisse ne signifie pas que l'économie s'est libérée du pétrole. Elle traduit surtout la baisse des volumes et des prix. Les données de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pour l'année 2022 indiquent que le secteur extractif, pétrole et manganèse compris, représentait 95,3 % des exportations totales, 68,1 % des recettes publiques et 30,3 % du PIB.

Rentes des ressources naturelles

Pétrole, gaz, forêts et minerais, en % du PIB

Unité : Pourcentage du PIB Zone : Gabon

Rentes pétrolières (Gabon) passe de 30,6 % PIB en 1990 à 15,6 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2000 (43,7 % PIB). Rentes du gaz naturel (Gabon) passe de 0,0 % PIB en 1990 à 0,3 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2014 (0,3 % PIB). Rentes forestières (Gabon) passe de 2,4 % PIB en 1990 à 2,6 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2003 (4,7 % PIB). Le graphique compte une autre série, détaillée dans le tableau.

Rentes des ressources naturelles
Période Rentes pétrolières (% PIB) Rentes du gaz naturel (% PIB) Rentes forestières (% PIB) Rentes minières (% PIB)
1990 30,6 0,0 2,4 0,0
1991 20,0 0,0 1,9 0,0
1992 23,0 0,0 2,2 0,0
1993 28,6 0,0 3,6 0,0
1994 26,3 0,0 4,3 0,0
1995 27,4 0,1 4,5 0,0
1996 29,2 0,0 3,7 0,0
1997 29,8 0,1 4,0 0,0
1998 15,5 0,0 4,7 0,0
1999 22,0 0,0 4,0 0,0
2000 43,7 0,1 4,0 0,0
2001 28,6 0,1 3,9 0,0
2002 27,2 0,1 4,4 0,0
2003 21,3 0,1 4,7 0,0
2004 25,1 0,1 2,3 0,0
2005 34,8 0,0 2,9 0,0
2006 33,9 0,1 3,6 0,0
2007 34,3 0,1 3,2 0,0
2008 37,2 0,1 3,8 0,0
2009 24,6 0,1 3,0 0,0
2010 33,5 0,2 2,0 0,0
2011 37,4 0,2 1,5 0,0
2012 38,3 0,2 2,0 0,1
2013 30,2 0,2 2,3 0,1
2014 22,2 0,3 2,2 0,1
2015 10,0 0,3 2,2 0,1
2016 9,0 0,2 2,4 0,1
2017 14,4 0,2 3,1 0,1
2018 18,3 0,2 2,6 0,0
2019 16,7 0,2 2,2 0,0
2020 10,0 0,2 3,3 0,0
2021 15,6 0,3 2,6 0,0

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Le poids du secteur extractif en 2022

Part des exportations totales

95,3 %

2022

Part des recettes publiques

68,1 %

2022

Des exportations dominées par les carburants

Les carburants, c'est-à-dire le pétrole brut et les produits pétroliers, représentaient plus de 80 % des exportations de marchandises pendant presque toute la décennie 2000, avec un pic à 90,0 % en 2010. Leur part a chuté à 30,9 % en 2016, année de prix bas, avant de revenir à 67,3 % en 2022 et à 54,0 % en 2023. En 2023, les minerais et métaux, essentiellement le manganèse, atteignaient 23,3 % des exportations de marchandises, contre moins de 7 % les années précédentes. Cette progression reste à confirmer sur plusieurs années, mais elle signale un début de diversification des ventes à l'étranger.

Composition des exportations de marchandises

Carburants, minerais et métaux, matières premières agricoles, en % des exportations

Unité : Pourcentage Zone : Gabon

Part des carburants dans les exportations de marchandises (Gabon) passe de 83,3 % en 2000 à 54,0 % en 2023. Le maximum est atteint en 2010 (90,0 %). Part des minerais et métaux dans les exportations de marchandises (Gabon) passe de 1,7 % en 2000 à 23,3 % en 2023. Part des matières premières agricoles dans les exportations (Gabon) passe de 11,8 % en 2000 à 3,9 % en 2023.

Composition des exportations de marchandises
Période Part des carburants dans les exportations de marchandises (%) Part des minerais et métaux dans les exportations de marchandises (%) Part des matières premières agricoles dans les exportations (%)
2000 83,3 1,7 11,8
2001 83,0 1,5 11,1
2002 83,8 1,8 9,3
2003 88,4 1,1 5,5
2004 76,2 5,5 9,8
2005 84,0 3,6 7,5
2006 85,6 3,2 6,7
2007 83,4 3,6 8,4
2008 89,2 2,2 5,6
2009 83,1 3,0 8,9
2010 90,0 2,5 3,6
2011 85,9 3,9 4,8
2012 71,3 1,2 1,8
2013 65,8 1,4 1,6
2014 57,3 1,1 1,7
2015 42,0 1,6 2,2
2016 30,9 1,8 3,7
2017 62,3 3,3 6,1
2018 53,5 3,1 4,8
2019 54,9 4,3 4,8
2020 52,9 6,2 6,5
2021 52,3 6,8 5,9
2022 67,2 6,4 4,8
2023 54,0 23,3 3,9

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Une production pétrolière loin de son niveau des années 1990

La production de pétrole, exprimée en contenu énergétique par l'Energy Institute et diffusée par Our World in Data, culminait à environ 212 térawattheures (TWh) en 1996. Elle a reculé presque sans interruption jusqu'à 105 TWh en 2021, soit environ la moitié du niveau de 1996. Les années suivantes montrent un redressement : 129,6 TWh en 2023, 130,2 TWh en 2024 et 131,8 TWh en 2025, soit environ 62 % du sommet de 1996. Le Macro Poverty Outlook de la Banque mondiale prévoit néanmoins une baisse structurelle de la production dans les années à venir.

Production de pétrole et de gaz

Contenu énergétique en térawattheures

Unité : Térawattheures Zone : Gabon

Production de pétrole (contenu énergétique) (Gabon) passe de 156,92 TWh en 1990 à 131,82 TWh en 2025. Le maximum est atteint en 1996 (212,25 TWh). Production de gaz naturel (contenu énergétique) (Gabon) passe de 0,92 TWh en 1990 à 5,17 TWh en 2024. Le maximum est atteint en 2018 (5,74 TWh).

Production de pétrole et de gaz
Période Production de pétrole (contenu énergétique) (TWh) Production de gaz naturel (contenu énergétique) (TWh)
1990 156,92 0,92
1991 171,05 1,09
1992 168,08 1,08
1993 177,04 1,08
1994 195,81 1,08
1995 206,50 1,08
1996 212,25 1,08
1997 211,60 1,08
1998 195,94 1,08
1999 197,42 1,08
2000 160,71 0,87
2001 152,14 0,87
2002 148,66 0,98
2003 159,11 0,98
2004 158,97 1,08
2005 156,98 1,08
2006 140,50 1,08
2007 142,60 0,87
2008 139,50 0,87
2009 139,95 0,87
2010 135,42 0,87
2011 137,21 0,76
2012 128,77 4,17
2013 123,93 3,45
2014 122,47 4,55
2015 124,00 4,10
2016 128,49 4,11
2017 121,99 5,28
2018 112,34 5,74
2019 126,50 5,03
2020 120,78 5,44
2021 105,21 4,92
2022 110,65 5,02
2023 129,62 5,02
2024 130,24 5,17
2025 131,82 n.d.

n.d. : non disponible.

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Pétrole et exportations

Rentes pétrolières

15,6 % PIB

2021

Source : Banque mondiale

Rentes totales des ressources naturelles

18,5 % PIB

2021

Source : Banque mondiale

Part des carburants dans les exportations de marchandises

54,0 %

2023

Source : Banque mondiale

Production de pétrole (contenu énergétique)

131,82 TWh

2025

Source : Our World in Data

La structure de l'économie a peu changé

Les comptes de valeur ajoutée de la Banque mondiale confirment la place centrale de l'industrie, au sens large, qui inclut l'extraction pétrolière et minière, l'énergie et la construction. Sa part oscille entre 42 % et 62 % du PIB depuis 2000 : 52,9 % en 2024 et 47,2 % en 2025. Les services représentaient 36,8 % du PIB en 2024 et 42,3 % en 2025, et l'agriculture, la forêt et la pêche entre 6 % et 7 % ces dernières années. La part de l'industrie manufacturière, qui comprend la transformation du bois et le raffinage, se situe entre 19 % et 22 % du PIB depuis 2021.

Ce qu'il faut retenir

  • La croissance réelle a été en moyenne d'environ 2,2 % par an entre 2000 et 2024, un rythme inférieur à celui de la population pendant une bonne partie de la période.
  • Le revenu par habitant en dollars suit de près les cycles du pétrole, avec un sommet en 2011.
  • Les rentes pétrolières ont fortement baissé en part du PIB, mais le secteur extractif fournissait encore plus des deux tiers des recettes publiques en 2022 selon l'ITIE.
  • La montée des exportations de manganèse en 2023 et les projets cités par la Banque mondiale, dont l'interdiction d'exporter le manganèse brut prévue pour 2029, sont les principaux signaux de diversification à suivre.

Structure de l'économie

Valeur ajoutée par grand secteur, en % du PIB

Unité : Pourcentage du PIB Zone : Gabon

Valeur ajoutée de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche (Gabon) passe de 6,2 % PIB en 2000 à 6,8 % PIB en 2025. Le maximum est atteint en 2021 (6,8 % PIB). Valeur ajoutée de l'industrie (y compris construction) (Gabon) passe de 56,3 % PIB en 2000 à 47,2 % PIB en 2025. Le maximum est atteint en 2008 (61,7 % PIB). Valeur ajoutée des services (Gabon) passe de 37,5 % PIB en 2000 à 42,3 % PIB en 2025. Le maximum est atteint en 2020 (44,8 % PIB).

Structure de l'économie
Période Valeur ajoutée de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche (% PIB) Valeur ajoutée de l'industrie (y compris construction) (% PIB) Valeur ajoutée des services (% PIB)
2000 6,2 56,3 37,5
2001 6,1 47,7 37,9
2002 5,7 47,3 38,9
2003 6,0 47,0 38,8
2004 5,5 51,5 36,3
2005 5,0 59,9 29,6
2006 4,9 59,5 30,9
2007 5,0 57,2 31,3
2008 4,2 61,7 29,0
2009 5,0 50,4 36,8
2010 3,9 55,2 30,8
2011 3,4 60,9 25,6
2012 3,4 58,8 27,5
2013 3,3 56,6 29,6
2014 3,6 52,7 32,7
2015 4,3 48,2 39,0
2016 5,0 45,0 41,7
2017 5,3 45,5 42,6
2018 5,4 47,1 41,1
2019 5,6 47,7 40,5
2020 6,6 41,7 44,8
2021 6,8 50,1 38,6
2022 6,5 56,1 33,4
2023 6,7 53,9 37,8
2024 6,6 52,9 36,8
2025 6,8 47,2 42,3

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Sources

5 sources citées
  1. World Economic Outlook database, Gabon (s'ouvre dans un nouvel onglet) International Monetary Fund, consulté le 21 septembre 2026
  2. World Development Indicators, Gabon (s'ouvre dans un nouvel onglet) World Bank, consulté le 21 septembre 2026
  3. Energy data (Ember, Energy Institute Statistical Review of World Energy) (s'ouvre dans un nouvel onglet) Our World in Data, consulté le 21 septembre 2026
  4. Gabon, country page (s'ouvre dans un nouvel onglet) Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), consulté le 22 septembre 2026
  5. Macro Poverty Outlook for Gabon, April 2026 (s'ouvre dans un nouvel onglet) World Bank, consulté le 22 septembre 2026

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