Analyse sectorielle / Pétrole

Hydrocarbures : production, rentes et dépendance budgétaire

La production pétrolière s'est redressée depuis 2021 mais reste loin de son niveau des années 1990, tandis que le gaz naturel progresse à partir d'une base modeste. Le secteur extractif fournit toujours l'essentiel des exportations et plus des deux tiers des recettes publiques.

Contexte

Le pétrole est au cœur de l'économie gabonaise depuis plusieurs décennies. Il pèse sur la croissance, les exportations et, surtout, sur les finances publiques. Le gaz naturel, longtemps marginal, est désormais produit en volumes plus importants, mais reste d'un ordre de grandeur inférieur au pétrole. Cette analyse rassemble les indicateurs disponibles sur Gabon Eco (Banque mondiale, Energy Institute via Our World in Data) et les éléments publiés par l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et la Banque mondiale.

Le cadre juridique du secteur est fixé par la loi n°002/2019 du 16 juillet 2019 portant réglementation du secteur des hydrocarbures, qui a remplacé la loi de 2014. Elle définit les droits et obligations des opérateurs, le cadre institutionnel, les régimes fiscal, douanier et de change, et contient des dispositions sur le renforcement des capacités nationales, la communication d'informations sur les opérations et la valorisation du gaz naturel. Le Gabon, membre de l'ITIE depuis 2007, en a été radié en 2013 puis réadmis en octobre 2021 ; sa dernière validation, en 2025, lui attribue un score de 73,5 points, soit un niveau de performance jugé modéré.

Chiffres clés

Selon l'ITIE, le secteur extractif, pétrole et manganèse compris, représentait en 2022 95,3 % des exportations totales, 68,1 % des recettes publiques, 30,3 % du produit intérieur brut (PIB) et 3,7 % de l'emploi. Ce contraste entre un poids économique et fiscal élevé et une faible part de l'emploi est caractéristique d'une activité à forte intensité en capital.

Le secteur extractif selon l'ITIE (2022)

Part des exportations

95,3 %

2022

Part des recettes publiques

68,1 %

2022

Part du PIB

30,3 %

2022

Part de l'emploi

3,7 %

2022

Indicateurs des hydrocarbures

Production de pétrole (contenu énergétique)

131,82 TWh

2025

Source : Our World in Data

Production de gaz naturel (contenu énergétique)

5,17 TWh

2024

Source : Our World in Data

Rentes pétrolières

15,6 % PIB

2021

Source : Banque mondiale

Rentes du gaz naturel

0,3 % PIB

2021

Source : Banque mondiale

Part des carburants dans les exportations de marchandises

54,0 %

2023

Source : Banque mondiale

Tendances

Production de pétrole : un long déclin, puis une stabilisation

Exprimée en contenu énergétique, la production pétrolière atteignait environ 212 térawattheures (TWh) en 1996, le niveau le plus élevé de la série. Elle est descendue à 160,7 TWh en 2000, 135,4 TWh en 2010 et 105,2 TWh en 2021, son point bas. La production s'est ensuite redressée : 110,7 TWh en 2022, 129,6 TWh en 2023, 130,2 TWh en 2024 et 131,8 TWh en 2025. Ce rebond ramène la production à un niveau proche de celui du début des années 2010, sans retrouver celui des années 1990.

Gaz naturel : des volumes environ cinq fois plus élevés qu'avant 2012

La production de gaz naturel est restée proche de 1 TWh par an jusqu'en 2011 (0,76 TWh cette année-là). Elle est passée à 4,2 TWh en 2012 et a atteint 5,7 TWh en 2018, son maximum. Elle se maintient depuis autour de 5 TWh (5,17 TWh en 2024). En contenu énergétique, le gaz représente donc environ 4 % de la production de pétrole. Les rentes gazières restent faibles, entre 0,18 % et 0,29 % du PIB de 2011 à 2021.

Production de pétrole et de gaz

Contenu énergétique en térawattheures

Unité : Térawattheures Zone : Gabon

Production de pétrole (contenu énergétique) (Gabon) passe de 156,92 TWh en 1990 à 131,82 TWh en 2025. Le maximum est atteint en 1996 (212,25 TWh). Production de gaz naturel (contenu énergétique) (Gabon) passe de 0,92 TWh en 1990 à 5,17 TWh en 2024. Le maximum est atteint en 2018 (5,74 TWh).

Production de pétrole et de gaz
Période Production de pétrole (contenu énergétique) (TWh) Production de gaz naturel (contenu énergétique) (TWh)
1990 156,92 0,92
1991 171,05 1,09
1992 168,08 1,08
1993 177,04 1,08
1994 195,81 1,08
1995 206,50 1,08
1996 212,25 1,08
1997 211,60 1,08
1998 195,94 1,08
1999 197,42 1,08
2000 160,71 0,87
2001 152,14 0,87
2002 148,66 0,98
2003 159,11 0,98
2004 158,97 1,08
2005 156,98 1,08
2006 140,50 1,08
2007 142,60 0,87
2008 139,50 0,87
2009 139,95 0,87
2010 135,42 0,87
2011 137,21 0,76
2012 128,77 4,17
2013 123,93 3,45
2014 122,47 4,55
2015 124,00 4,10
2016 128,49 4,11
2017 121,99 5,28
2018 112,34 5,74
2019 126,50 5,03
2020 120,78 5,44
2021 105,21 4,92
2022 110,65 5,02
2023 129,62 5,02
2024 130,24 5,17
2025 131,82 n.d.

n.d. : non disponible.

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Rentes et exportations : la volatilité des prix

Les rentes pétrolières mesurées par la Banque mondiale, c'est-à-dire la valeur de la production diminuée de son coût, dépendent autant des prix que des volumes. Elles représentaient 37,2 % du PIB en 2008 et 38,3 % en 2012, puis sont tombées à 10,0 % en 2015 et 9,0 % en 2016. Elles sont remontées à 18,3 % en 2018, sont retombées à 10,0 % en 2020 et atteignaient 15,6 % en 2021, dernière année publiée.

La part des carburants dans les exportations de marchandises suit le même mouvement : 90,0 % en 2010, 30,9 % en 2016, 67,3 % en 2022 et 54,0 % en 2023. Le recul de 2023 s'accompagne d'une hausse des exportations de minerais et métaux, qui atteignent 23,3 % du total cette année-là.

Rentes des ressources naturelles

Pétrole, gaz, forêts et minerais, en % du PIB

Unité : Pourcentage du PIB Zone : Gabon

Rentes pétrolières (Gabon) passe de 30,6 % PIB en 1990 à 15,6 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2000 (43,7 % PIB). Rentes du gaz naturel (Gabon) passe de 0,0 % PIB en 1990 à 0,3 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2014 (0,3 % PIB). Rentes forestières (Gabon) passe de 2,4 % PIB en 1990 à 2,6 % PIB en 2021. Le maximum est atteint en 2003 (4,7 % PIB). Le graphique compte une autre série, détaillée dans le tableau.

Rentes des ressources naturelles
Période Rentes pétrolières (% PIB) Rentes du gaz naturel (% PIB) Rentes forestières (% PIB) Rentes minières (% PIB)
1990 30,6 0,0 2,4 0,0
1991 20,0 0,0 1,9 0,0
1992 23,0 0,0 2,2 0,0
1993 28,6 0,0 3,6 0,0
1994 26,3 0,0 4,3 0,0
1995 27,4 0,1 4,5 0,0
1996 29,2 0,0 3,7 0,0
1997 29,8 0,1 4,0 0,0
1998 15,5 0,0 4,7 0,0
1999 22,0 0,0 4,0 0,0
2000 43,7 0,1 4,0 0,0
2001 28,6 0,1 3,9 0,0
2002 27,2 0,1 4,4 0,0
2003 21,3 0,1 4,7 0,0
2004 25,1 0,1 2,3 0,0
2005 34,8 0,0 2,9 0,0
2006 33,9 0,1 3,6 0,0
2007 34,3 0,1 3,2 0,0
2008 37,2 0,1 3,8 0,0
2009 24,6 0,1 3,0 0,0
2010 33,5 0,2 2,0 0,0
2011 37,4 0,2 1,5 0,0
2012 38,3 0,2 2,0 0,1
2013 30,2 0,2 2,3 0,1
2014 22,2 0,3 2,2 0,1
2015 10,0 0,3 2,2 0,1
2016 9,0 0,2 2,4 0,1
2017 14,4 0,2 3,1 0,1
2018 18,3 0,2 2,6 0,0
2019 16,7 0,2 2,2 0,0
2020 10,0 0,2 3,3 0,0
2021 15,6 0,3 2,6 0,0

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Composition des exportations de marchandises

Carburants, minerais et métaux, matières premières agricoles, en % des exportations

Unité : Pourcentage Zone : Gabon

Part des carburants dans les exportations de marchandises (Gabon) passe de 83,3 % en 2000 à 54,0 % en 2023. Le maximum est atteint en 2010 (90,0 %). Part des minerais et métaux dans les exportations de marchandises (Gabon) passe de 1,7 % en 2000 à 23,3 % en 2023. Part des matières premières agricoles dans les exportations (Gabon) passe de 11,8 % en 2000 à 3,9 % en 2023.

Composition des exportations de marchandises
Période Part des carburants dans les exportations de marchandises (%) Part des minerais et métaux dans les exportations de marchandises (%) Part des matières premières agricoles dans les exportations (%)
2000 83,3 1,7 11,8
2001 83,0 1,5 11,1
2002 83,8 1,8 9,3
2003 88,4 1,1 5,5
2004 76,2 5,5 9,8
2005 84,0 3,6 7,5
2006 85,6 3,2 6,7
2007 83,4 3,6 8,4
2008 89,2 2,2 5,6
2009 83,1 3,0 8,9
2010 90,0 2,5 3,6
2011 85,9 3,9 4,8
2012 71,3 1,2 1,8
2013 65,8 1,4 1,6
2014 57,3 1,1 1,7
2015 42,0 1,6 2,2
2016 30,9 1,8 3,7
2017 62,3 3,3 6,1
2018 53,5 3,1 4,8
2019 54,9 4,3 4,8
2020 52,9 6,2 6,5
2021 52,3 6,8 5,9
2022 67,2 6,4 4,8
2023 54,0 23,3 3,9

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Contraintes

  • Maturité des gisements. Le Macro Poverty Outlook d'avril 2026 de la Banque mondiale attribue le ralentissement de la croissance en 2025 (estimée à 2,5 %) en partie au vieillissement des champs pétroliers et à des incidents techniques qui ont réduit la production.
  • Dépendance budgétaire. Avec plus des deux tiers des recettes publiques provenant du secteur extractif en 2022, toute baisse des prix ou des volumes se répercute directement sur le budget. La Banque mondiale signale que les recettes pétrolières ont diminué en 2025 sous l'effet de prix et d'une production plus faibles.
  • Coût des subventions. La même source note que la hausse des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient devrait accroître les recettes pétrolières, mais aussi le coût des subventions aux carburants.
  • Climat social. La Banque mondiale mentionne des risques de grève dans le secteur pétrolier en 2026.

Perspectives

La Banque mondiale prévoit une croissance moyenne de 3,3 % par an sur 2026 à 2028, portée par le manganèse, le bois, l'huile de palme et le caoutchouc, qui compenseraient le déclin structurel du pétrole. Elle recommande d'utiliser prudemment d'éventuels surplus de recettes pétrolières pour reconstituer les marges budgétaires et les réserves. Pour le secteur lui-même, les principaux points à suivre sont l'évolution de la production après le rebond de 2023 à 2025, la valorisation du gaz naturel encouragée par la loi de 2019, et la publication régulière des rapports ITIE, qui permet de suivre les flux entre entreprises et État.

Sources

5 sources citées
  1. World Development Indicators, Gabon (s'ouvre dans un nouvel onglet) World Bank, consulté le 21 septembre 2026
  2. Energy data (Ember, Energy Institute Statistical Review of World Energy) (s'ouvre dans un nouvel onglet) Our World in Data, consulté le 21 septembre 2026
  3. Gabon, country page (s'ouvre dans un nouvel onglet) Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), consulté le 22 septembre 2026
  4. Macro Poverty Outlook for Gabon, April 2026 (s'ouvre dans un nouvel onglet) World Bank, consulté le 22 septembre 2026
  5. Loi n°002/2019 du 16 juillet 2019 portant réglementation du secteur des hydrocarbures en République gabonaise (s'ouvre dans un nouvel onglet) ECOLEX (FAO, IUCN, UNEP), consulté le 22 septembre 2026

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